Après moultes péripéties, le lycée Romain Rolland, qu’il avait été convenu de renommer après sa reconstruction, a enfin un nom !
Parce qu’il existe plusieurs établissements Romain Rolland, et parce qu’il a été reconstruit sur un site différent par la région ile de France, il était convenu que le Lycée anciennement Romain Rolland porte un nouveau nom, de préférence un nom de femme.
La ville d’Argenteuil proposa le nom de Josette et Maurice AUDIN. Lui, communiste, militant de la cause anticolonialiste, et de l’indépendance de l’Algérie, fut porté disparu (vraisemblance assassiné) en 1957. Josette AUDIN poursuit le combat pour la vérité sur la mort de son mari. Elle vécut de nombreuses années à Argenteuil avec ses trois jeunes enfants.
Le conseil d’administration du Lycée, a émis un vote à partir des propositions de l’administration, la mairie, les enseignants…
Après plusieurs tours de scrutin, le nom de Josette et Maurice AUDIN fut repoussé. C’est le nom de : Emilie du Chatelet qui fut majoritaire.
Or, la ville ne souhaitant pas ce nom, elle fit une nouvelle proposition, en accord avec la proviseure.
C’est donc le nom de Julie Victoire DAUBIE qui fut proposé lors d’un nouveau conseil d’administration. Ce nom fut voté 6 voix pour et 16 abstentions (parents d’élèves et enseignants).
Ces derniers m’ont expliqué, qu’ils avaient émis un vote d’abstention car ils s’étaient prononcés une première fois en faveur d’Emilie du Chatelet et ne souhaitaient pas se déjuger. Certains ont émis des réserves sur le personnage Julie Victoire DAUBIE.
Nous étions invités à la région à nous prononcer sur le nom du lycée lors de la commission permanente du 10 Mars. Je n’ai pas souhaité prendre part à cette dénomination non validée par les enseignants et les parents d’élèves, et ce , dans un soucis de respect du processus démocratique mis en place par le conseil régional, qui a fait le choix de suivre l’avis des conseils d’administration. Les groupes PRG-MUP, Front de Gauche et Front de Gauche Alternatifs se sont abstenus sur cette délibération.
Désormais le lycée s’appelle Julie-Victoire DAUBIE. Nous devons, faire en sorte, que les 40 000 000€ investis par la région, pour avoir un lycée de belle qualité, permettent à tous les élèves, comme Julie Victoire DAUBIE en son temps, d’obtenir leur Baccalauréat. Même si je regrette ces querelles stériles autour d’un nom, l’essentiel est ailleurs. Il est dans le maintien d’un enseignement public de qualité. L’heure est plus que jamais à la mobilisation pour garder des enseignants en nombre suffisants. Car si beaux soient ils, si confortables soit le lycée, l’enseignement a besoin de personnel qualifié en nombre suffisant .
Qui était Julie-Victoire DAUBIE ?
Julie-Victoire DAUBIE, née dans les Vosges en 1824, avait étudié le grec et le latin avec son frère abbé. En 1844, elle écrivit La Femme pauvre au XIXe siècle. Un ouvrage très complet qui fait encore pour les études sur l’éducation des femmes. Elle est également l’une des premières à prendre position pour le suffrage des femmes. Le 16 août 1861, l’Académie de Lyon décerne le Baccalauréat des Lettres à une femme dont la candidature avait été refusée auparavant par l’Académie de Paris. À trente-sept ans, Julie-Victoire DAUBIE devient la première bachelière de France. Il lui faudra encore plusieurs mois et l’intervention de l’impératrice Eugénie pour obtenir la remise effective de son diplôme.
Bien qu’elle ne puisse pas assister aux cours (l’examen était accessible aux femmes, mais les cours leur étaient encore interdits), elle réussira sa licence des lettres le 28 octobre 1871 et deviendra également la première femme licenciée.
